Accepter La Solitude

Reprenons.
Comment remonter à la surface ?
Tout d’abord, en étant intimement convaincu que c’est possible.

Pas par optimisme béat (quoique pourquoi pas !) ou naïveté inconséquente, mais parce que la vie est cycles.
Plus ou moins longs, plus ou moins intenses, plus ou moins engageants, donc plus ou moins ressentis, mais cycles. Elle ne se fige pas en un état, qu’il soit plaisant ou déplaisant.
Si nous n’y croyons pas pour nous, observons comme la nature nous l’enseigne…
Après la pluie vient le beau temps, après la nuit vient le jour, après l’hiver vient le printemps… and so on.

A force de courir après le bonheur, le succès, la réussite, nous nous sommes persuadés que ces états étaient un graal, un absolu, des objectifs.
En les fixant (dans tous les sens du terme) comme tels, nous les avons figés, statufiés.
Nous nous battons donc pour que que ces états soient atteints et obtenus, durablement, avec certitude, avec finitude.
Comme s’il y avait un sommet à atteindre, une fois pour toutes, qui serait (enfin) la vraie vie, le bon ressenti : celui du bonheur, du succès, de la réussite. Certains pensent même que tous les autres y sont déjà, sabrant le champagne et dégustant des toasts, occupés à célébrer leur formidable vie… (nous parlerons de la comparaison un autre jour…!)

Parce que nous avons cette vision en termes d’objectifs à atteindre (largement empruntée au monde économique), le sentiment d’échec, d’insuffisance, de perte, est immense quand le cycle naturel de la vie évolue vers une phase « descendante ». 

Alors que, parce que la vie est cycles, ces phases sont inhérentes à la condition d’Être sur Terre.


Ma vie a changé le jour où j’ai compris, accepté, intégré, ou en tout cas décidé, qu’être heureuse n’exigeait pas, pour souscrire parfaitement à la définition du bonheur, d’être tous les jours de ma vie, joyeuse comme une hirondelle dans la légèreté du printemps !
Que vivre les cycles d’émotions, d’humeurs, de sentiments que me propose la vie tout en éprouvant une sensation sincère et authentique de sérénité intérieure, était ma définition d’être heureuse.
Ne m’exonérant donc aucunement des doutes, des larmes, des peurs et de remous bien plus profonds encore… mais sans culpabilité de « ne pas être heureuse », selon la définition et l’injonction des magazines ou de notre société.

Car ce qui rend cette « quête du top » (au sens de sommet à atteindre, d’idéal de réussite, de succès et conséquemment de bonheur) dangereuse dans la vie comme quand on crée son entreprise,
C’est qu’elle consiste à vouloir dramatiser et supprimer tout vécu négatif : les « down ».
Le « moins bien », le « peu valorisant », est assimilé à un échec.
La vérité serait dans une ascension ininterrompue et glorifiée. Tout ce qui ne serait pas digne d’être storytellé ne devrait être éprouvé.
Quel poids ! Quelle injonction faite à la vie ! En pensant marcher vers la richesse, quelle pauvreté d’expériences attendons nous finalement de notre quotidien !

Nous nous battons en espérant des lendemains plus stables, sans montagnes russes, sans doutes,
Nous exigeons un lendemain uniquement victorieux, fait de croissance, de joies, de célébrations,
Ce jour où nous serons jonchés sur notre tas de réussites, repus de notre dose de succès, affalés sur notre trône de bonheur, aux yeux du monde.

En réalité, de l’ascension nous ne voulons que le sommet. Que le haut du pic. Nous nous flagellons de faire une pause pour boire de l’eau, de ralentir pour regarder le paysage, de faire demi-tour pour porter secours à un camarade de cordée ou de renoncer pour se sauver la vie. 

Et j’ai une conviction profonde à vous partager. Le pire dans cette histoire, ce qui fait qu’elle finit mal si on ne décide pas de la réécrire, c’est que cette « quête du top » est un leurre. En tout cas au sens de « sommet », de « haut du pic », de quête d’un lendemain heureux.

Le bonheur ne viendra pas en haut de la montagne.
Le bonheur est là, ici, maintenant ou n’est pas. Ou ne sera pas.
Vous pouvez avoir fait l’effort (rare et c’est déjà une chance) d’avoir défini ce que sera la réussite, le succès de votre entreprise. Vous pouvez même l’entrevoir, le visualiser.
Mais ne croyez pas qu’atteindre cet objectif vous rendra heureux. Vous éprouverez une joie (peut-être… je vous le souhaite, car parfois ce n’est même pas le cas !), vous célèbrerez (idem), mais… la vie étant cycles, viendra un moment (sans doute plus prompt que vous l’imaginez), où le « top » laissera à nouveau place à une phase descendante, un « down ».
L’idée même de perdre ce que vous venez d’atteindre comme réussite peut déjà subrepticement assombrir ce sentiment d’être « au top ». C’est vous dire comme ce sentiment est subtile, volatile… voire futile. Et il ne me semble pas que cet objectif réponde au sentiment de bonheur.
Incohérence entre la fin et les moyens…

Est-ce une triste nouvelle ? A quoi bon alors ? Les philosophes nous accompagnent dans ces questionnements que je trouve passionnants.

Ma réponse (assez brève ici, même si j’aimerais aussi y passer des heures, mais cela nous éloignerait de notre sujet) est de considérer, comme je le disais plus haut, le sentiment de bonheur, le fait de me sentir heureuse, comme un état de sérénité intérieure. Cultiver cet état durablement, profondément et indépendamment des situations extérieures permet d’accepter les cycles et traverser La Solitude Existentielle.
L’accepter, comme inhérente à l’Être Humain, pour être humain, et vivre pleinement ce qu’elle a à nous enseigner, au moment où elle se présente. Même si cela ouvre une période peu agréable émotionnellement, et pour cause :

La Solitude Existentielle de l’entrepreneur nous renvoie
tout simplement,
bassement,
de façon extrêmement terre-à-terre,
à notre condition d’Homme,
entouré d’altérités,
et pourtant,
profondément,
seul sur Terre.
C’est un exercice de liberté.
Et comme toute liberté,
chaque décision à prendre,
nous rappelle qu’à la fin,
au bout du bout,
nous sommes seuls,
face à la vie,
seuls, face à la mort.