Se cacher des autres…

« Vivons cachés », l’impératif est fort.
Cachés comme terrés chez soi ?
Cachés comme portant un masque ?
Cachés comme invisible sur La Toile ?

Cachés pour éviter le jugement des autres ?
Cachés par peur du regard des autres ?

Chacun l’interprète selon ses modèles familiaux, les risques perçus ou encore son vécu.
 

Mais à trop se cacher, au nom de quelque sagesse populaire que ce soit, le plus grand risque n’est-il pas de se perdre ?

Les réseaux sociaux, voire la vie tout court, ne s’apparentent-ils pas à un grand théâtre italien où les acteurs ne seraient même plus conscients de la commedia dell’arte qu’ils interprètent ?

Peut-être.
 

Mais être trop conscient du mauvais jeu des acteurs appelle-t-il
à sortir du théâtre,
ou,
à monter sur scène pour faire évoluer le tableau ?

Jusqu’à présent, j’étais assise dans l’un des fauteuils rouges du théâtre.
Masquée moi aussi, loup à la main,
me rapprochant de la porte de sortie au fur et à mesure des actes.

C’était plus facile, pensais-je alors…
En réalité, cette stratégie a été particulièrement coûteuse pour mon « self » (envie d’en savoir plus, je vous invite à découvrir Winnicott et les notions de « vrai self»/« faux self»).


Il m’a fallu du temps pour comprendre que mon interprétation de l’injonction « vivre cachée » était au coeur d’une dissonance interne profonde.


J’avais envie de prendre la parole pour partager des mots qui me semblaient pouvoir résonner pour d’autres.
Mais, je n’osais pas prendre « ma part de voix », car il me semblait déplacer de vouloir « me montrer ». 
Pire, c’était prendre le risque de ne plus « vivre heureuse ». Qui prendrait ce risque ?
J’avais en effet intériorisé bien plus que de raison cet adage beaucoup répété dans ma jeunesse, et y avais greffé un récit intérieur empreint de peurs.


Alors au nom de la sagesse du « vivre caché »,
confondant humilité et mésestime,
quand je baissais poliment la tête,
en réalité je courbais l’échine ;
quand je ne prenais la parole, ni à l’oral, ni à l’écrit,
je dévalorisais ma pensée et (me) culpabilisais,
insidieusement, l’humilité est réellement devenue mésestime.

…et se cacher de soi.

Car à force de se cacher des autres, on se cache de soi.

Même solitaire, autonome, indépendant, l’Homme est un animal social.
« Je pense donc je suis », mais si personne ne sait ce que je pense, suis-je toujours ?
Nous existons parce qu’un autre, un jour, quelque part, pose un regard sur notre être.
La théorie de l’attachement démontre à quel point le regard affectif de la « mère » (au sens large du rôle) est une nourriture indispensable au développement de l’enfant. Or, nous oublions trop vite que l’âge adulte n’est que le continuum de l’enfance et pas un état si fondamentalement différent que nous pourrions, justement, nous passer des fondamentaux qui ont contribué et devraient encore contribuer à notre essence, notre croissance, notre envol.

Si nous n’autorisons plus (ou presque) ce regard sur nos pensées et sur nos actions, en « vivant cachés »,
alors cette crainte finit par déterminer nos pensées et nos actions… 
par les diminuer,
puis par nous éteindre.

Attention, il est un autre effort d’apprendre à distancier le regard de l’autre de nos pensées et nos actions afin qu’il ne les détermine pas non plus. 

Mais l’autoriser, est le premier pas vers « se permettre d’être ».
Vers assumer ses pensées et ses actions, dans leur imperfection, dans leurs failles, dans leur humanité donc.

L’authenticité comme légèreté

Est-ce à dire qu’il nous faut tous dévoiler toute notre vie sur les réseaux sociaux demain ? Je ne vous ferai pas l’affront de penser que vous avez supposé ce raccourci.

Mais je ne veux pas vous laisser là, ayant raturé cette injonction, sans proposer une autre option…

Celle que j’ai choisie.

Pas plus simple, mais plus légère.
Plus alignée.

« Pour vivre heureux, vivons VRAI »
VRAI comme en étant vrai envers soi-même
VRAI comme en étant vrai avec les autres
VRAI comme vraiment